— Vous exercez sur cette petite fille un empire singulier, dit Mme d’Arci ; vous la menez à la baguette.

— Je l’aime beaucoup, madame ; c’est tout mon secret.

— Je suis persuadée, mademoiselle, que vous avez autant de cœur que d’intelligence, et cela me décide à vous présenter une requête en faisant appel à la délicatesse de vos sentiments. Vous pressentez sans doute ce que je veux dire ?

— Non, madame ; mais je suis prête à vous entendre.

— Il y a ici près une femme qui est bien malheureuse ; vous êtes la cause involontaire de ses souffrances. A tort ou à raison les attentions que vous témoigne mon père lui ont inspiré quelque jalousie, et, comme ses impressions sont très-vives, elle a conçu des alarmes qui sont exagérées, j’en suis sûre. Ne ferez-vous rien pour lui rendre le repos et le bonheur ?

— Que puis-je faire, madame ?

— Partir le plus tôt possible, en emportant notre estime et nos regrets.

— M. de Mauserre vous a-t-il chargée de me signifier mon congé ? J’obéirais avec joie. Croyez qu’il me tarde d’avoir quitté les Charmilles ; j’y suis, moi aussi, bien malheureuse.

— Mon père ne m’a chargée de rien, mademoiselle.

— Allez le trouver, madame, et obtenez qu’il m’ordonne de partir ; je vous en serai reconnaissante.