Aussitôt, malgré les protestations et les résistances de Meta, elle apporta sur la table un encrier, une plume, un buvard d’où elle tira un cahier de papier rose. — Voyez comme ce papier est joli ! disait-elle ; il va nous inspirer, car il faut que notre épître soit très-amoureuse, n’est-il pas vrai ?
— Il m’a recommandé de la faire aussi tendre que possible, répondit Meta en souriant, et c’est là ce qui m’embarrasse ; je suis si novice dans ce genre de littérature !
— Quand je vous dis que je vous aiderai ! Je tiens la plume ; comment débuterons-nous ? Je vais écrire : Tony, je vous adore.
— Ah ! madame, je vous prie, ménagez ma fierté, fit-elle en lui retenant la main. Et puis vous l’appelez Tony, vous en avez le droit ; c’est une liberté que je n’ai jamais prise avec lui…
— Et qu’il faut prendre aujourd’hui, répliqua Mme de Mauserre. N’oubliez pas que la lettre que nous allons composer est ce qu’on appelle en diplomatie une lettre ostensible.
Après bien des tergiversations et des discussions, cette malheureuse minute se trouva rédigée tant bien que mal ; elle était ainsi conçue :
« Ce que la surprise et la joie m’ont empêchée de vous dire, je vous l’écris, Tony ; mais pourquoi faut-il que j’écrive ? Je croyais vous avoir tout dit sans parler. Ai-je rêvé qu’un soir nous étions ensemble, que le hennissement d’un cheval nous a fait tressaillir, que je me suis dégagée de votre bras enlacé autour de ma taille, et qu’avant de m’enfuir… Ce baiser, Tony, n’était-il pas une réponse ? Il vous en faut une autre ; il est donc vrai que vous vous défiez de moi ! Soyez satisfait, cette lettre vous apprendra, si vous l’ignorez, que je vous aime, que depuis longtemps mon cœur vous appartient tout entier. Tony, je vous abandonne le soin de ma destinée, je suis prête à vous suivre au bout du monde. Ne me trompez pas, le jour où vous le voudrez, je serai votre femme. »
Après avoir tracé le dernier mot de ce brouillon, qu’elle relut à haute voix : — C’est parfait, s’écria Mme de Mauserre ; il ne manque plus que la date. Vite à l’ouvrage, ma belle ! voici du papier. La main vous tremble-t-elle encore ?
— Non, madame, répondit Meta, qui trempa résolûment sa plume dans l’écritoire.
— Permettez, reprit Mme de Mauserre, j’oubliais que ce papier est marqué à mon chiffre ; si on s’en apercevait, on pourrait croire que je suis pour quelque chose dans cette affaire, et que je vous ai soufflé votre leçon… Vous écrirez chez vous tout à l’heure. Êtes-vous sûre de votre mémoire, ou voulez-vous emporter ce petit chiffon rose ?