Les Mémoires de madame de La Guette[14] nous apprennent que son fils avait promis à Marigny, le chansonnier de la Fronde, qui reçut sans doute plus d’une aubaine du même genre, cent coups de canne qu’il devait lui payer à la première occasion, pour avoir écrit contre une dame que ce jeune homme ne haïssait pas. Et cependant Vauquelin des Yveteaux et Marigny étaient gentilshommes, mais ils étaient auteurs, et, comme tels, ils rentraient dans le droit commun.

[14] Édit. Moreau, chez Jannet, p. 186.

De tous les beaux esprits d’alors, celui qui eut le plus souvent peut-être maille à partir avec les donneurs d’étrivières, ce fut l’illustre Montmaur, professeur de grec, poëte, pédant et parasite. Je n’essayerai même pas d’énumérer toutes les rencontres fâcheuses auxquelles furent exposés le dos et les épaules de ce fameux personnage, dont, grâce à la multitude infinie d’épigrammes en vers et en prose, en français et en latin, dirigées contre lui par ses contemporains, l’intrépide gloutonnerie est devenue historique. Tout n’était pas profit dans son rude métier, et plût à Dieu que les inconvénients s’en fussent bornés à des satires, contre lesquelles l’avait cuirassé l’habitude, et qu’il savait, à l’occasion, renvoyer à son adversaire, en homme d’esprit, sinon en homme de cœur. Il lui fallut plus d’une fois acheter son dîner au prix d’une bastonnade vaillamment reçue, et il ne s’en plaignait pas, pourvu qu’il dînât bien. Suivant Scarron, dans la Requête de Fainmort (comme il le nommait), le malheureux n’était pas même épargné par la hallebarde des suisses préposés à la garde des hôtels dont il assiégeait la porte aux heures des repas, et, s’il ne faut pas admettre littéralement tout ce que la verve burlesque du cul-de-jatte amène sous sa plume, le fond de son récit, confirmé par des centaines d’autres témoignages analogues, n’en reste pas moins d’une indiscutable vérité. C’est Fainmort qui parle, dans les vers suivants, (si ce sont des vers), pour supplier un président de lui rouvrir sa salle à manger :

Je, pauvre malheureux chetif,

De Marche, en Famine, natif,

Appelé le Grec du vulgaire,

Encor que je n’en sçache guère ;

Je, dis-je, Pierre de Fainmort,

Vous apprens que chacun nous mort,

Moy qui soulois un chacun mordre,