On lui dit, le coup détourné :
J’ai du bon tabac dans ma tabatière,
J’ai du bon tabac tu n’en auras pas.
« On peut juger par ce trait, observent les Mémoires secrets[67], combien l’abbé de Lattaignant, d’une famille honnête et même distinguée dans la robe, avait toute honte bue. » Mais on peut juger aussi, ce me semble, par cette réflexion de l’écrivain, combien les mœurs littéraires avaient fait de progrès, puisqu’on s’indignait à ce point de ce qui eût paru tout simple au dix-septième siècle.
[67] T. XIII, p. 270.
Robé, qui s’était fait, à la même époque, une réputation éphémère par ses poésies licencieuses, avant de devenir un des plus fervents convulsionnaires du jansénisme, avait été chassé de Vendôme, sa patrie, à coups de trique et de gaule, pour ses méfaits satiriques[68].
[68] Journal de Collé, I, janvier 1751.
Maître André le perruquier, l’auteur de cette réjouissante tragédie du Tremblement de terre de Lisbonne (1756), qui le fit monter en un clin d’œil au faîte de la gloire, et qu’il dédia sans façon à son cher confrère, « l’illustre et célèbre poëte Voltaire », avait débuté par se poser en rival de Boileau, et il lui en avait cuit ; c’est à lui qu’on doit cette intéressante révélation dans la préface de sa pièce : « Je m’appliquais dans ma jeunesse, dit-il, à faire de petites rimes satiriques et des chansons, qui n’ont pas laissé de m’attirer quelques bons coups de bâton. » Je soupçonne que maître André se vante, pour mieux se poser en poëte.
La Morlière, le plus redoutable chef de cabale dont les banquettes de la Comédie-Française aient gardé la mémoire, eut souvent maille à partir avec maint auteur mécontent de ses procédés, et, si l’on en croit Diderot, malgré ses airs de matamore il ne payait pas de bravoure en pareille occurrence : « Ce chevalier de la Morlière, lit-on dans le Neveu de Rameau…, que fait-il ? Tout ce qu’il peut pour se persuader qu’il est un homme de cœur ; mais il est lâche. Offrez-lui une croquignole sur le bout du nez, et il la recevra en douceur. Voulez-vous lui faire baisser le ton ? Élevez-le ; montrez-lui votre canne, ou appliquez votre pied entre ses fesses. »
Laus de Boissy fut, une nuit, très-cruellement bâtonné au Palais-Royal, pour s’y être livré à des railleries inconvenantes contre quelques personnes qui s’y promenaient, comme c’était alors la grande mode pendant les soirs d’été (juillet 1776). Il tourna l’aventure en plaisanterie, et ne trouva rien de mieux à faire, pour se consoler, que d’adresser à l’Académie des Arcades de Rome, dont il était membre, un petit poëme, dans le goût de l’Arioste, où il badinait agréablement sur les coups qu’il avait reçus.