En ce moment, une voix rogue cria à l’autre bout de la salle :
« Kellner !
— Vous allez voir, me dit tout bas le garçon : c’est une famille de Prussiens. »
Il s’approcha de la table, où le père, la mère et trois enfants venaient d’achever leur déjeuner, fit l’addition et reçut l’argent. En passant à côté de moi pour le porter au comptoir, il ouvrit à demi la main gauche où était tapie une petite pièce de billon :
« Un gros », souffla-t-il sans s’arrêter.
Nous aurions voulu pouvoir attribuer exclusivement à l’absence des Français la décadence de Bade ; mais la vérité nous force de reconnaître que la principale cause est dans l’abolition des jeux.
Qui sait ? A mesure que les souvenirs de rouge et noire iront s’effaçant, peut-être s’apercevra-t-on que les eaux de Bade ne sont pas des eaux de fantaisie faites pour servir de prétexte et d’excuse aux viveurs, excellentes seulement pour les gens qui se portent bien et contre les maladies qu’on n’a pas, mais qu’elles sont souveraines contre la névralgie, la névrose, les maux d’estomac et les rhumatismes.
Carlsruhe, 10 juillet.
Je ne saurais trop engager mes lecteurs, s’ils voyagent jamais en Allemagne, à bien étudier d’avance leur itinéraire dans le Hendschel’s Telegraph. C’est pour ne pas m’être suffisamment conformé moi-même à ce sage conseil que je me trouve conduit à le répéter aux autres. Les employés allemands ont le tort de ne point crier à haute voix le nom de chaque station, et quand ils s’y décident, leur prononciation germanique déroute une oreille étrangère. Il suffit d’un moment de distraction pour déranger toute l’économie d’un voyage.
C’est ainsi qu’en allant de Bade à Carlsruhe, j’ai failli arriver à Fribourg. Il y a là tout un drame, que je veux vous conter dans sa simplicité saisissante, sous ce titre qui semble si bien fait pour l’affiche de l’Ambigu :