Parce que la monarchie s'en va, vous dites: La France s'en va! C'est une illusion d'optique. France et monarchie, c'est deux. La France demeure, la France grandit, sachez cela! (Tres bien!—Rires a droite.)
Jamais la France n'a ete plus grande que de nos jours; les etrangers le savent, et, chose triste a dire et que vos rires confirment, vous l'ignorez!
Le peuple francais a l'age de raison, et c'est precisement le moment que vous choisissez pour taxer ses actes de folie. Vous reniez ce siecle tout entier, son industrie vous semble materialiste, sa philosophie vous semble immorale, sa litterature vous semble anarchique. (Rires ironiques a droite.—Oui! oui!) Vous voyez, vous continuez de confirmer mes paroles. Sa litterature vous semble anarchique, et sa science vous parait impie. Sa democratie, vous la nommez demagogie. (Oui! oui! a droite.)
Dans vos jours d'orgueil, vous declarez que notre temps est mauvais, et que, quant a vous, vous n'en etes pas. Vous n'etes pas de ce siecle. Tout est la. Vous en tirez vanite. Nous en prenons acte.
Vous n'etes pas de ce siecle, vous n'etes plus de ce monde, vous etes morts! C'est bien! je vous l'accorde! (Rires et bravos.)
Mais, puisque vous etes morts, ne revenez pas, laissez tranquilles les vivants. (Rire general.)
M. DE TINGUY, a l'orateur.—Vous nous supposez morts! monsieur le vicomte?
M. LE PRESIDENT.—Vous ressuscitez, vous, monsieur de Tinguy!
M. DE TINGUY.—Je ressuscite le vicomte!
M. VICTOR HUGO, croisant les bras et regardant la droite en face.—Quoi! vous voulez reparaitre! (Nouvelle explosion d'hilarite et de bravos!)