C'est pour cette verite que John Brown est mort; c'est pour cette verite que je lutte. Vous m'en remerciez, et je ne saurais vous dire combien vos belles paroles me touchent.

Il n'y a sur la terre ni blancs ni noirs, il y a des esprits; vous en etes un. Devant Dieu, toutes les ames sont blanches.

J'aime votre pays, votre race, votre liberte, votre revolution, votre republique. Votre ile magnifique et douce plait a cette heure aux ames libres; elle vient de donner un grand exemple; elle a brise le despotisme.

Elle nous aidera a briser l'esclavage.

Car la servitude, sous toutes ses formes, disparaitra. Ce que les etats du sud viennent de tuer, ce n'est pas John Brown, c'est l'esclavage.

Des aujourd'hui, l'Union americaine peut, quoi qu'en dise le honteux message du president Buchanan, etre consideree comme rompue. Je le regrette profondement, mais cela est desormais fatal; entre le Sud et le Nord, il y a le gibet de Brown. La solidarite n'est pas possible. Un tel crime ne se porte pas a deux.

Ce crime, continuez de le fletrir, et continuez de consolider votre genereuse revolution. Poursuivez votre oeuvre, vous et vos dignes concitoyens. Haiti est maintenant une lumiere. Il est beau que parmi les flambeaux du progres, eclairant la route des hommes, on en voie un tenu par la main d'un negre.

Votre frere,

VICTOR HUGO.

1861