Il y a vingt-trois ans qu'il est votre oblige! … et il ne vous a rien dit.
Pardonnez-lui! pardonnez-moi!
Dans ma prison d'avant fevrier, je m'etais promis bien des fois de courir chez vous, si un jour la liberte m'etait rendue.
Reves de jeune homme! Ce jour vint pour me jeter, comme un brin de paille rompue, dans le tourbillon de 1848.
Je ne pus rien faire de ce que j'avais si ardemment desire.
Et depuis, pardonnez-moi ce mot, cher citoyen, la majeste de votre genie a toujours arrete la manifestation de ma pensee.
Je fus fier, dans mon heure de danger, de me voir protege par un rayon de votre flamme. Je ne pouvais mourir, puisque vous me defendiez.
Que n'ai-je eu la puissance de montrer que j'etais digne que votre bras s'etendit sur moi! Mais chacun a sa destinee, et tous ceux qu'Achille a sauves n'etaient pas des heros.
Vieux maintenant, je suis, depuis un an, dans un triste etat de sante. J'ai cru souvent que mon coeur ou ma tete allait eclater. Mais je me felicite, malgre mes souffrances, d'avoir ete conserve, puisque sous le coup de votre nouveau bienfait [note: Voir les Miserables, tome VII, livre I. Le mot bienfait est souligne dans la lettre de Barbes.], je trouve l'audace de vous remercier de l'ancien.
Et puisque j'ai pris la parole, merci aussi, mille fois merci pour notre sainte cause et pour la France, du grand livre que vous venez de faire.