Je dis: la France, car il me semble que cette chere patrie de Jeanne d'Arc et de la Revolution etait seule capable d'enfanter votre coeur et votre genie, et, fils heureux, vous avez pose sur le front glorieux de votre mere une nouvelle couronne de gloire!

A vous, de profonde affection.

A. BARBES.

La Haie, le 10 juillet 1862.

A ARMAND BARBES

Hauteville-House, 15 juillet 1862.

Mon frere d'exil,

Quand un homme a, comme vous, ete le combattant et le martyr du progres; quand il a, pour la sainte cause democratique et humaine, sacrifie sa fortune, sa jeunesse, son droit au bonheur, sa liberte; quand il a, pour servir l'ideal, accepte toutes les formes de la lutte et toutes les formes de l'epreuve, la calomnie, la persecution, la defection, les longues annees de la prison, les longues annees de l'exil; quand il s'est laisse conduire par son devouement jusque sous le couperet de l'echafaud, quand un homme a fait cela, tous lui doivent, et lui ne doit rien a qui que ce soit. Qui a tout donne au genre humain est quitte envers l'individu.

Il ne vous est possible d'etre ingrat envers personne. Si je n'avais pas fait, il y a vingt-trois ans, ce dont vous voulez bien me remercier, c'est moi, je le vois distinctement aujourd'hui, qui aurais ete ingrat envers vous.

Tout ce que vous avez fait pour le peuple, je le ressens comme un service personnel.