J'ai, a l'epoque que vous me rappelez, rempli un devoir, un devoir etroit. Si j'ai ete alors assez heureux pour vous payer un peu de la dette universelle, cette minute n'est rien devant votre vie entiere, et tous, nous n'en restons pas moins vos debiteurs.
Ma recompense, en admettant que je meritasse une recompense, a ete l'action elle-meme. J'accepte neanmoins avec attendrissement les nobles paroles que vous m'envoyez, et je suis profondement touche de votre reconnaissance magnanime.
Je vous reponds dans l'emotion de votre lettre. C'est une belle chose que ce rayon qui vient de votre solitude a la mienne. A bientot, sur cette terre ou ailleurs. Je salue votre grande ame.
VICTOR HUGO.
III
LES MISERABLES
16 septembre 1862.
Apres la publication des Miserables, Victor Hugo alla a Bruxelles. Ses editeurs, MM. Lacroix et Verboeckhoven, lui offrirent un banquet. Ce fut une occasion de rencontre pour les ecrivains celebres de tous les pays. (Voir aux Notes.) Victor Hugo, entoure de tant d'hommes genereux, dont quelques-uns etaient si illustres, repondit a la salutation de toutes ces nobles ames par les paroles qu'on va lire. Ceux qui assisterent a cette severe et douce fete offerte a un proscrit se souviennent que Victor Hugo ne put reprimer ses larmes au moment ou la pensee d'Aspromonte lui traversa l'esprit.
Messieurs,
Mon emotion est inexprimable; si la parole me manque, vous serez indulgents.