En ecrivant, je m'adressais moins au comite constituant, qui prepare, qu'au peuple, qui decide.
Dans quelques jours, le 7 decembre, le projet de constitution sera soumis au peuple. Donc il est temps encore.
Une constitution qui, au dix-neuvieme siecle, contient une quantite quelconque de peine de mort, n'est pas digne d'une republique; qui dit republique, dit expressement civilisation; et le peuple de Geneve, en rejetant, comme c'est son droit et son devoir, le projet qu'on va lui soumettre, fera un de ces actes doublement grands qui ont tout a la fois l'empreinte de la souverainete et l'empreinte de la justice.
Vous jugerez peut-etre utile de publier cette lettre.
Je vous offre, monsieur, la nouvelle assurance de ma haute estime et de ma vive cordialite.
V. H.
La lettre fut publiee, le peuple vota, il rejeta le projet de constitution.
Quelques jours apres, Victor Hugo recut cette lettre:
"… Nous avons triomphe, la constitution des conservateurs est rejetee. Votre lettre a produit son effet, tous les journaux l'ont publiee, les catholiques l'ont combattue, M. Bost l'a imprimee a part a mille exemplaires, et le comite radical a quatre mille. Les radicaux, M. James Fazy en tete, se sont fait de votre lettre une arme de guerre, et les independants se sont aussi prononces a votre suite pour l'abolition. Votre preponderance a ete complete. Quelques radicaux n'etaient pas tres decides auparavant; c'est un radical, M. Heroi, qui passe pour avoir determine les deux executions de Vary et d'Elcy, et le grand conseil, qui a refuse ces deux graces, est tout radical.
"Cependant, en somme, les radicaux sont gens de progres et, maintenant que les voila engages contre la peine de mort, ils ne reculeront pas. On regarde ici l'abolition de l'echafaud comme certaine, et l'honneur, monsieur, vous en revient. J'espere que nous arriverons aussi a cet autre grand progres, la separation de l'eglise et de l'etat.