Utilite des traitres.
Dans les perles, la soie et l'or, parmi tes reitres
Qu'hier, du doigt, aux champs de meurtre tu guidais,
Pape, assis sur ton trone et siegeant sous ton dais,
Coiffe de ta tiare aux trois couronnes, pretre,
Tu verras quelque jour au Vatican peut-etre
Entrer un homme triste et de haillons vetu,
Un pauvre, un inconnu. Tu lui diras:—Qu'es-tu,
Passant? que me veux-tu? sors-tu de quelque geole?
Pourquoi voit-on ces brins de laine a ton epaule?
—Une brebis etait tout a l'heure dessus,
Repondra-t-il. Je viens de loin. Je suis Jesus.
III
Une chaine au heros! une corde a l'apotre!
John Brown, Garibalbi, passez l'un apres l'autre.
Quel est ce prisonnier? c'est le liberateur.
Sur la terre, en tous lieux, du pole a l'equateur,
L'iniquite prevaut, regne, triomphe, et mene
De force aux lachetes la conscience humaine.
O prodiges de honte! etranges impudeurs!
On accepte un soufflet par des ambassadeurs.
On jette aux fers celui qui nous a fait l'aumone.
—Tu sais, je t'ai blame de lui donner-ce trone!
On etait gentilhomme, on devient alguazil.
Debiteur d'un royaume, on paie avec l'exil.
Pourquoi pas? on est vil. C'est qu'on en recoit l'ordre.
Rampons. Lecher le maitre est plus sur que le mordre.
D'ailleurs tout est logique. Ou sont les contre-sens?
La gloire a le cachot, mais le crime a l'encens;
De quoi vous plaignez-vous? L'infame etant l'auguste,
Le vrai doit etre faux, et la balance est juste.
On dit au soldat: frappe! il doit frapper. La mort
Est la servante sombre aux ordres du plus fort.
Et puis, l'aigle peut bien venir en aide au cygne!
Mitrailler est le dogme et croire est la consigne.
Qu'est pour nous le soldat? du fer sur un valet.
Le pape veut avoir son Sadowa; qu'il l'ait.
Quoi donc! en viendra-t-on dans le siecle ou nous sommes
A mettre en question le vieux droit qu'ont les hommes
D'obeir a leur prince et de s'entre-tuer?
Au pretendu progres pourquoi s'evertuer
Quand l'humble populace est surtout coutumiere?
La masse a plus de calme ayant moins de lumiere.
Tous les grands interets des peuples, l'echafaud,
La guerre, le budget, l'ignorance qu'il faut,
Courent moins de dangers, et sont en equilibre
Sur l'homme garrotte mieux que sur l'homme libre.
L'homme libre se meut et cause un tremblement.
Un Garibaldi peut tout rompre a tout moment;
Il entraine apres lui la foule, qui deserte
Et passe a l'Ideal. C'est grave. On comprend, certe,
Que la societe, sur qui veillent les cours,
Doit trembler et fremir et crier au secours,
Tant qu'un heros n'est pas mis hors d'etat de nuire.
Le phare, aux yeux de l'ombre, est coupable de luire.
IV
Votre Garibaldi n'a pas trouve le joint.
Ca, le but de tout homme ici-bas n'est-il point
De tacher d'etre dupe aussi peu que possible?
Jouir est bon. La vie est un tir a la cible.
Le scrupule en haillons grelotte; je le plains.
Rien n'a plus de vertu que les coffres-forts pleins.
Il est de l'interet de tous qu'on ait des princes
Qui fassent refluer leur or dans les provinces;
C'est pour cela qu'un roi doit etre riche; avoir
Une liste civile enorme est son devoir;
Le pape, qu'on voudrait confiner dans les astres,
Est un roi comme un autre. Il a besoin de piastres,
Que diable! L'opulence est le droit du saint lieu;
Il faut dorer le pape afin de prouver Dieu;
N'avoir pas une pierre ou reposer sa tete
Est bon pour Jesus-Christ. La loque est deshonnete.
Voyons la question par le cote moral;
Le but du colonel est d'etre general,
Le but du marechal est d'etre connetable!
Avant tout, mon paiement. Mettons cartes sur table.
Un renegat a tort tant qu'il n'est pas muchir;
Alors il a raison. S'arrondir, s'enrichir,
Tout est la. Regardez, nous prenons les Hanovres.
Et quant a ces bandits qui veulent rester pauvres,
Ils sont les ennemis publics. Sus! hors la loi!
Ils donnent le mauvais exemple. Coffrez-moi
Ce gueux, qui, dictateur, n'a rien mis dans sa poche.
On se heurte au battant lorsqu'on touche a la cloche,
Et lorsqu'on touche au pretre on se heurte au soudard.
Morbleu, la papaute n'est pas un objet d'art!