Grace a la presse, la propagande se fait en tout pays; partout se multiplient d'autres efforts, meilleurs que les miens; partout l'institution d'assistance aux enfants se greffe avec succes. J'ai a remercier de leur chaude adhesion plusieurs loges de la franc-maconnerie, et cette utile societe des instituteurs de la Suisse romande qui a pour devise: Dieu, Humanite, Patrie. De toutes parts, je recois des lettres qui m'annoncent les essais tentes. Deux de ces lettres m'ont particulierement emu; l'une vient d'Haiti, l'autre de Cuba.
Permettez-moi, puisque l'occasion s'en presente, d'envoyer une parole de sympathie a ces nobles terres qui, toutes deux, ont pousse un cri de liberte. Cuba se delivrera de l'Espagne comme Haiti s'est delivre de la France. Haiti, des 1792, en affranchissant les noirs, a fait triompher ce principe qu'un homme n'a pas le droit de posseder un autre homme. Cuba fera triompher cet autre principe, non moins grand, qu'un peuple n'a pas le droit de posseder un autre peuple.
Je reviens a nos enfants. C'est faire aussi un acte de delivrance que d'assister l'enfance. Dans l'assainissement et dans l'education, il y a de la liberation. Fortifions ce pauvre petit corps souffrant; developpons cette douce intelligence naissante; que faisons-nous? Nous affranchissons de la maladie le corps et de l'ignorance l'esprit. L'idee du Diner des enfants pauvres a ete partout bien accueillie. L'accord s'est fait tout de suite sur cette institution de fraternite. Pourquoi? c'est qu'elle est conforme, pour les chretiens, a l'esprit de l'evangile, et, pour les democrates, a l'esprit de la revolution.
En attendant mieux. Car secourir les pauvres par l'assistance, ce n'est qu'un palliatif. Le vrai secours aux miserables, c'est l'abolition de la misere.
Nous y arriverons.
Aidons le progres par l'assistance a l'enfance. Assistons l'enfant par tous les moyens, par la bonne nourriture et par le bon enseignement. L'assistance a l'enfance doit etre, dans nos temps troubles, une de nos principales preoccupations. L'enfant doit etre notre souci. Et savez-vous pourquoi? Savez-vous son vrai nom? L'enfant s'appelle l'avenir.
Exercons la sainte paternite du present sur l'avenir. Ce que nous aurons fait pour l'enfance, l'avenir le rendra au centuple. Ce jeune esprit, l'enfant, est le champ de la moisson future. Il contient la societe nouvelle. Ensemencons cet esprit, mettons-y la justice; mettons-y la joie.
En elevant l'enfant, nous elevons l'avenir. Elever, mot profond! En ameliorant cette petite ame, nous faisons l'education de l'inconnu. Si l'enfant a la sante, l'avenir se portera bien; si l'enfant est honnete, l'avenir sera bon. Eclairons et enseignons cette enfance qui est la sous nos yeux, le vingtieme siecle rayonnera. Le flambeau dans l'enfant, c'est le soleil dans l'avenir.
1870
Evenements d'Amerique.—Aux femmes de Cuba. La revolution litteraire melee aux revolutions politiques. George Sand et Victor Hugo. Mort d'un proscrit. Les sauveteurs et les travailleurs. Le plebiscite.—Aux femmes de Guernesey. Evenements d'Europe.