Il ecrivit aux femmes de Guernesey la lettre qu'on va lire et qui fut reproduite par les journaux anglais comme adressee a toutes les femmes d'Angleterre.

Pendant le siege de Paris, des ballots de charpie, expedies d'Angleterre a Victor Hugo, furent partages par lui, comme il s'y etait engage dans sa lettre, en deux parts egales, l'une pour les blesses francais, l'autre pour les blesses allemands. M. de Flavigny, president de la commission internationale, se chargea de transmettre au quartier general de Versailles les ballots de charpie destines par Victor Hugo aux ambulances allemandes.

AUX FEMMES DE GUERNESEY

Hauteville-House, 22 juillet 1870.

Mesdames,

Il a plu a quelques hommes de condamner a mort une partie du genre humain, et une guerre a outrance se prepare. Cette guerre n'est ni une guerre de liberte, ni une guerre de devoir, c'est une guerre de caprice. Deux peuples vont s'entre-tuer pour le plaisir de deux princes. Pendant que les penseurs perfectionnent la civilisation, les rois perfectionnent la guerre. Celle-ci sera affreuse.

On annonce des chefs-d'oeuvre. Un fusil tuera douze hommes, un canon en tuera mille. Ce qui va couler a flots dans le Rhin, ce n'est plus l'eau pure et libre des grandes Alpes, c'est le sang des hommes.

Des meres, des soeurs, des filles, des femmes vont pleurer. Vous allez toutes etre en deuil, celles-ci a cause de leur malheur, celles-la a cause du malheur des autres.

Mesdames, quel carnage! quel choc de tous ces infortunes combattants! Permettez-moi de vous adresser une priere. Puisque ces aveugles oublient qu'ils sont freres, soyez leurs soeurs, venez-leur en aide, faites de la charpie. Tout le vieux linge de nos maisons, qui ici ne sert a rien, peut la-bas sauver la vie a des blesses. Toutes les femmes de ce pays s'employant a cette oeuvre fraternelle, ce sera beau; ce sera un grand exemple et un grand bienfait. Les hommes font le mal, vous femmes, faites le remede; et puisque sur cette terre il y a de mauvais anges, soyez les bons.

Si vous le voulez, et vous le voudrez, en peu de temps on peut avoir une quantite considerable de charpie. Nous en ferons deux parts egales, et nous enverrons l'une a la France et l'autre a la Prusse.