Messieurs,—Il n'y a point de telegraphe electrique a Guernesey. Votre lettre m'arrive aujourd'hui 4, et la poste ne repart que lundi 6. Mon regret est profond de ne pouvoir repondre en temps utile a votre noble et touchant appel. J'eusse ete heureux que mon applaudissement arrivat au peuple de Milan faisant un grand acte.
L'inviolabilite de la vie humaine est le droit des droits. Tous les principes decoulent de celui-la. Il est la racine, ils sont les rameaux. L'echafaud est un crime permanent. C'est le plus insolent des outrages a la dignite humaine, a la civilisation, au progres. Toutes les fois que l'echafaud est dresse, nous recevons un soufflet. Ce crime est commis en notre nom.
L'Italie a ete la mere des grands hommes, et elle est la mere des grands exemples. Elle va, je n'en doute pas, abroger la peine de mort. Votre commission, composee de tant d'hommes distingues et genereux, reussira. Avant peu, nous verrons cet admirable spectacle: l'Italie, avec l'echafaud de moins et Rome et Venise de plus.
Je serre vos mains dans les miennes, et je suis votre ami.
VICTOR HUGO.
A la lettre venue d'Angleterre, Victor Hugo a repondu:
A M. LILLY, 9, SAINT-PETER'S TERRACE, NOTTING-HILL, LONDRES.
Hauteville-House, 12 fevrier 1865.
Monsieur,—Vous me faites l'honneur de vous tourner vers moi, je vous en remercie.
Un echafaud va se dresser; vous m'en avertissez. Vous me croyez la puissance de renverser cet echafaud. Helas! je ne l'ai pas. Je n'ai pu sauver Tapner, je ne pourrais sauver Polioni. A qui m'adresser? Au gouvernement? au peuple? Pour le peuple anglais je suis un etranger, et pour le gouvernement anglais un proscrit. Moins que rien, vous le voyez. Je suis pour l'Angleterre une voix quelconque, importune peut-etre, impuissante a coup sur. Je ne puis rien, monsieur; plaignez Polioni et plaignez-moi.