J'ai lu votre livre excellent. Mme Dorval a ete la plus grande actrice de ce temps; Mlle Rachel seule l'a egalee, et l'eut depassee peut-etre, si, au lieu de la tragedie morte, elle eut interprete l'art vivant, le drame, qui est l'homme; le drame, qui est la femme; le drame, qui est le coeur. Vous avez dignement parle de Mme Dorval, et c'est avec emotion que je vous en remercie. Mme Dorval fait partie de notre aurore. Elle y a rayonne comme une etoile de premiere grandeur.

Vous etiez enfant quand j'etais jeune. Vous etes homme aujourd'hui et je suis vieillard, mais nous avons des souvenirs communs. Votre jeunesse commencante confine a ma jeunesse finissante; de la, pour moi, un charme profond dans votre bon et noble livre. L'esprit, le coeur, le style, tout y est, et ce grand et saint enthousiasme qui est la vertu du cerveau.

Le romantisme (mot vide de sens impose par nos ennemis et dedaigneusement accepte par nous) c'est la revolution francaise faite litterature. Vous le comprenez, je vous en felicite.

Recevez mon cordial serrement de main.

VICTOR HUGO.

Hauteville-House, 15 janvier 1869.

A M. GASTON TISSANDIER

"Je crois, monsieur, a tous les progres. La navigation aerienne est consecutive a la navigation oceanique; de l'eau l'homme doit passer a l'air. Partout ou la creation lui sera respirable, l'homme penetrera dans la creation. Notre seule limite est la vie. La ou cesse la colonne d'air, dont la pression empeche notre machine d'eclater, l'homme doit s'arreter. Mais il peut, doit et veut aller jusque-la, et il ira. Vous le prouvez. Je prends le plus grand interet a vos utiles et vaillants voyages. Votre ingenieux et hardi compagnon, M. de Fonvielle, a l'instinct superieur de la science vraie. Moi aussi, j'aurais le gout superbe de l'aventure scientifique. L'aventure dans le fait, l'hypothese dans l'idee, voila les deux grands procedes de decouvertes. Certes l'avenir est a la navigation aerienne et le devoir du present est de travailler a l'avenir. Ce devoir, vous l'accomplissez. Moi, solitaire mais attentif, je vous suis des yeux et je vous crie courage."

Avril 1869.

On lit dans la Chronique de Jersey: