Chers compatriotes de la grande patrie europeenne.
J'ai recu, des mains de notre courageux coreligionnaire Harney, la communication que vous avez bien voulu me faire au nom de votre comite et du meeting de Newcastle. Je vous en remercie, ainsi que vos amis, en mon nom et au nom de mes compagnons de lutte, d'exil et d'expulsion.
Il etait impossible que l'expulsion de Jersey, que cette proscription des proscrits ne soulevat pas l'indignation publique en Angleterre. L'Angleterre est une grande et genereuse nation ou palpitent toutes les forces vives du progres, elle comprend que la liberte c'est la lumiere. Or c'est un essai de nuit qui vient d'etre fait a Jersey; c'est une invasion des tenebres; c'est une attaque a main armee du despotisme contre la vieille constitution libre de la Grande-Bretagne; c'est un coup d'etat qui vient d'etre insolemment lance par l'empire en pleine Angleterre. L'acte d'expulsion a ete accompli le 2 novembre; c'est un anachronisme; il aurait du avoir lieu le 2 decembre.
Dites, je vous prie, a mes amis du comite et a vos amis du meeting combien nous avons ete sensibles a leur noble et energique manifestation. De tels actes peuvent avertir et arreter ceux de vos gouvernants qui, a cette heure, meditent peut-etre de porter, par la honte de l'Alien-Bill, le dernier coup au vieil honneur anglais.
Des demonstrations comme la votre, comme celles qui viennent d'avoir lieu a Londres, comme celles qui se preparent a Glascow, consacrent, resserrent et cimentent, non l'alliance vaine, fausse, funeste, l'alliance pleine de cendre du present cabinet anglais et de l'empire bonapartiste, mais l'alliance vraie, l'alliance necessaire, l'alliance eternelle du peuple libre d'Angleterre et du peuple libre de France.
Recevez, avec tous mes remerciments, l'expression de ma cordiale fraternite.
VICTOR HUGO.
Note:
[1] ARRET
En vertu de l'article 68 de la Constitution,