—Je le constate et j'en prends acte devant toutes les personnes qui sont ici."
Le connetable dit a M. Victor Hugo: "Pourrais-je vous demander, monsieur, quel jour vous comptez quitter l'ile?"
M. Victor Hugo fit un mouvement: "Pourquoi? Est-ce qu'il vous reste quelque formalite a remplir? Avez-vous besoin de certifier que le colis a ete bien et dument expedie a sa destination?
—Monsieur, repondit le connetable, si je desirais connaitre le moment de votre depart, c'etait pour venir ce jour-la vous presenter mes respects.
—Je ne sais pas encore quel jour je partirai, monsieur, reprit Victor Hugo. Mais qu'on soit tranquille, je n'attendrai pas l'expiration du delai. Si je pouvais partir dans un quart d'heure, ce serait fait. J'ai hate de quitter Jersey. Une terre ou il n'y a plus d'honneur me brule les pieds."
Et Victor Hugo ajouta:
"Maintenant, monsieur le connetable, vous pouvez vous retirer. Vous allez rendre compte de l'execution de votre mandat a votre superieur, le lieutenant-gouverneur, qui en rendra compte a son superieur, le gouvernement anglais, qui en rendra compte a son superieur, M. Bonaparte."
Le 2 novembre 1855, Victor Hugo quitta Jersey. Il alla a Guernesey. Cependant le libre peuple anglais s'emut. Des meetings se firent dans toute la Grande-Bretagne, et la nation, indignee de l'expulsion de Jersey, blama hautement le gouvernement. L'Angleterre, par Londres, l'Ecosse, par Glascow, protesterent. Victor Hugo remercia le peuple anglais.
Guernesey, Hauteville-House, 25 novembre 1855.