—Vous vous trompez, monsieur, et, pour mieux vous convaincre, je vais vous la lire."

Victor Hugo lut la declaration, et a chaque paragraphe il s'arreta, demandant aux magistrats qui l'ecoutaient: "Avions-nous le droit de dire cela?

—Mais vous desapprouvez l'expulsion de vos amis, dit le connetable.

—Je la desapprouve hautement, reprit Victor Hugo. Mais n'avais-je pas le droit de le dire? Votre liberte de la presse ne s'etendait-elle pas a permettre la critique d'une mesure arbitraire de l'autorite?

—Certainement, certainement, dit le connetable.

—Et c'est pour cette Declaration que vous venez me signifier l'ordre de mon expulsion? pour cette Declaration, que vous reconnaissez qu'il etait de mon devoir de faire, dont vous avouez qu'aucun des termes ne depasse les limites de votre liberte locale, et que vous eussiez faite a ma place?

—C'est a cause de la lettre de Felix Pyat, dit un des officiers.

—Pardon, reprit Victor Hugo en s'adressant au connetable, ne m'avez-vous pas dit que je devais quitter l'ile a cause de ma signature au bas de cette Declaration?"

Le connetable tira de sa poche le pli du gouverneur, l'ouvrit, et dit:

"En effet, c'est uniquement pour la Declaration et pas pour autre chose que vous etes expulses.