—Je sais où est Han d’Islande, comme je sais où est Benignus Spiagudry; ni l’un ni l’autre ne sont loin d’ici en ce moment.

Toutes les terreurs se réveillèrent dans le pauvre concierge, osant à peine regarder le mystérieux petit homme, et se croyant mal caché sous sa perruque française; il se mit à tirer le manteau d’Ordener en disant à voix basse:

—Maître, seigneur, au nom du ciel, de grâce, par pitié, allons-nous-en, sortons de ce maudit faubourg de l’enfer!

Ordener, surpris comme lui, examinait attentivement le petit homme, qui, tournant le dos au jour, paraissait soigneux de cacher ses traits.

—Ce Benignus Spiagudry, s’écria le pêcheur, je l’ai vu au Spladgest de Drontheim. C’est un grand.

—C’est celui dont on offre quatre écus.

Le chasseur éclata de rire.

—Quatre écus! Ce n’est pas moi qui chasserai celui-là. On paie plus cher la peau d’un renard bleu.

Cette comparaison, qui dans tout autre temps eût fort désobligé le savant concierge, le rassura cette fois. Il allait néanmoins adresser une nouvelle prière à Ordener pour le décider à poursuivre leur chemin, quand celui-ci, sachant ce qu’il lui importait de savoir, le prévint, en sortant du rassemblement qui commençait à s’éclaircir.

Quoiqu’ils eussent, en arrivant au hameau d’Oëlmoe, l’intention d’y passer la nuit, ils le quittèrent tous deux, comme par une convention tacite, sans même s’interroger sur le motif de leur départ précipité. Celui d’Ordener était l’espérance de rencontrer plus tôt le brigand, celui de Spiagudry le désir de s’éloigner plus vite des archers.