Le jeune homme se réveilla.

—Je ne suis point le capitaine Dispolsen.

—Comment! dit l’officier d’un ton sévère, et se levant sur son séant; et qui donc êtes-vous pour oser vous introduire ici, et à cette heure?

Le jeune homme déploya sa pancarte.

—Je veux voir le comte Griffenfeld;... je veux dire votre prisonnier.

—Le comte! le comte! murmura l’officier d’un air mécontent.—Mais en vérité cette pièce est en règle; voilà bien la signature du vice-chancelier Grummond de Knud: «Le porteur pourra visiter, à toute heure et en tout temps, toutes les prisons royales.» Grummond de Knud est frère du vieux général Levin de Knud, qui commande à Drontheim, et vous saurez que ce vieux général a élevé mon futur beau-frère.

—Merci de vos détails de famille, lieutenant. Ne pensez-vous pas que vous m’en avez déjà assez raconté?

—L’impertinent a raison, se dit le lieutenant en se mordant les lèvres.—Holà, huissier! huissier de la tour! Conduisez cet étranger à Schumacker, et ne grondez pas si j’ai décroché votre luminaire à trois becs et à une mèche. Je n’étais pas fâché d’examiner une pièce qui date sans doute de Sciold le Païen ou de Havar le Pourfendu; et d’ailleurs on ne suspend plus aux plafonds que des lustres en cristal.

Il dit, et pendant que le jeune homme et son conducteur traversaient le jardin désert du donjon, il reprit, martyr de la mode, le fil des aventures galantes de l’amazone Clélie et d’Horatius le Borgne.

IV