L’autre l’interrompit.

—Qu’est-ce que cela? D’ailleurs, vous regagnerez un autre château.

—Et vous retrouverez un autre chien.

Le vieillard secoua la tête.

—Je retrouverai un chien; je ne retrouverai pas mon pauvre Drake.

Il s’arrêta; de grosses larmes roulaient dans ses yeux et tombaient une à une sur son visage dur et rude.

—Je n’avais, continua-t-il, jamais aimé que lui; je n’ai connu ni père ni mère; que Dieu leur fasse paix, comme à mon pauvre Drake!—Lieutenant Randmer, il m’avait sauvé la vie dans la guerre de Poméranie; je l’appelai Drake pour faire honneur au fameux amiral.—Ce bon chien! il n’avait jamais changé pour moi, lui, selon ma fortune. Après le combat d’Oholfen, le grand général Schack l’avait flatté de la main en me disant: Vous avez là un bien beau chien, sergent Lory!—car à cette époque je n’étais encore que sergent.

—Ah! interrompit le jeune baron en agitant sa baguette, cela doit paraître singulier d'être sergent.

Le vieux soldat de fortune ne l’entendait pas; il paraissait, se parler à lui-même, et l’on entendait à peine quelques paroles inarticulées s’échapper de sa bouche.

—Ce pauvre Drake! être revenu tant de fois sain et sauf des brèches et des tranchées pour se noyer, comme un chat, dans le maudit golfe de Drontheim!