—Mon pauvre chien! mon brave ami! tu étais digne de mourir comme moi sur le champ de bataille.

—Brave capitaine, cria le lieutenant, comment pouvez-vous rester triste? nous nous battrons peut-être demain.

—Oui, répondit dédaigneusement le vieux capitaine, contre de fiers ennemis!

—Comment, ces brigands de mineurs! ces diables de montagnards!

—Des tailleurs de pierres, des voleurs de grands chemins! des gens qui ne sauront seulement pas former en bataille la tête de porc ou le coin de Gustave-Adolphe! voilà de belle canaille en face d’un homme tel que moi, qui ai fait toutes les guerres de Poméranie et de Holstein! les campagnes de Scanie et de Dalécarlie! qui ai combattu sous le glorieux général Schack, sous le vaillant comte de Guldenlew!

—Mais vous ne savez pas, interrompit Randmer, qu’on donne à ces bandes un redoutable chef, un géant fort et sauvage comme Goliath, un brigand qui ne boit que du sang humain, un démon qui porte en lui tout Satan.

—Qui donc? demanda l’autre.

—Eh! le fameux Han d’Islande!

—Brrr! je gage que ce formidable général ne sait seulement pas armer un mousquet en quatre mouvements ou charger une carabine à l’impériale!

Randmer éclata de rire.