—Oui, riez, poursuivit le capitaine. Il sera fort gai en effet de croiser de bons sabres avec de viles pioches, et de nobles piques avec des fourches à fumier! voilà de dignes ennemis! mon brave Drake n’aurait pas daigné leur mordre les jambes!

Le capitaine continuait de donner un cours énergique à son indignation, lorsqu’il fut interrompu par l’arrivée d’un officier qui accourait vers eux tout essoufflé.

—Capitaine Lory! mon cher Randmer!

—Eh bien? dirent-ils tous deux à la fois.

—Mes amis, je suis glacé d’horreur!—D’Ahlefeld! le lieutenant d’Ahlefeld! le fils du grand-chancelier! vous savez, mon cher baron Randmer, ce Frédéric... si élégant... si fat!...

—Oui, répondit le jeune baron, très élégant! Cependant, au dernier bal de Charlottenbourg, mon déguisement était d’un meilleur goût que le sien.—Mais que lui est-il donc arrivé?

—Je sais de qui vous voulez parler, disait en même temps Lory, c’est Frédéric d’Ahlefeld, le lieutenant de la troisième compagnie, qui a les revers bleus. Il fait assez négligemment son service.

—On ne s’en plaindra plus, capitaine Lory.

—Comment? dit Randmer.

—Il est en garnison à Walhstrom, continua froidement le vieux capitaine.