—Précisément, reprit l’autre, le colonel vient de recevoir un messager... Ce pauvre Frédéric!
—Mais qu’est-ce donc? capitaine Bollar, vous m’effrayez. Le vieux Lory poursuivit:
—Brrr! notre fat aura manqué aux appels, comme à son ordinaire; le capitaine aura envoyé en prison le fils du grand-chancelier; et voilà, j’en suis sûr, le malheur qui vous décompose le visage.
Bollar lui frappa sur l’épaule.
—Capitaine Lory, le lieutenant d’Ahlefeld a été dévoré tout vivant.
Les deux capitaines se regardèrent fixement, et Randmer, un moment étonné, se mit tout à coup à rire aux éclats.
—Ah! ah! capitaine Bollar, je vois que vous êtes toujours mauvais plaisant. Mais je ne donnerai pas dans celle-là, je vous en préviens.
Et le lieutenant, croisant ses deux bras, donna un libre essor à toute sa gaieté, en jurant que ce qui l’amusait le plus, c’était la crédulité avec laquelle Lory accueillait les amusantes inventions de Bollar. Le conte, disait-il, était vraiment drôle, et c’était une idée tout à fait divertissante que de faire dévorer tout cru ce Frédéric qui avait de sa peau un soin si tendre et si ridicule.
—Randmer, dit gravement Bollar, vous êtes un fou. Je vous dis que d’Ahlefeld est mort. Je le tiens du colonel;—mort!
—Oh! qu’il joue bien son rôle! reprit le baron toujours en riant; qu’il est amusant!