Bollar haussa les épaules, et se tourna vers le vieux Lory, qui lui demanda avec sang-froid quelques détails.
—Oui vraiment, mon cher capitaine Bollar, ajouta le rieur inextinguible, contez-nous donc par qui ce pauvre diable a été ainsi mangé. A-t-il fait le déjeuner d’un loup, ou le souper d’un ours?
—Le colonel, dit Bollar, vient de recevoir en route une dépêche, qui l’instruit d’abord que la garnison de Walhstrom se replie vers nous, devant un parti considérable d’insurgés.
Le vieux Lory fronça le sourcil.
—Ensuite, poursuivit Bollar, que le lieutenant Frédéric d’Ahlefeld, ayant été, il y a trois jours, chasser dans les montagnes, du côté de la ruine d’Arbar, y a rencontré un monstre, qui l’a emporté dans sa caverne et l’a dévoré.
Ici le lieutenant Randmer redoubla ses joyeuses exclamations.
—Oh! oh! comme ce bon Lory croit aux contes d’enfants! C’est bien, gardez votre sérieux, mon cher Bollar. Vous êtes admirablement drôle. Mais vous ne nous direz pas quel est ce monstre, cet ogre, ce vampire qui a emporté et mangé le lieutenant comme un chevreau de six jours!
—Je ne vous le dirai pas, à vous, murmura Bollar avec impatience; mais je le dirai à Lory, qui n’est pas follement incrédule.—Mon cher Lory, le monstre qui a bu le sang de Frédéric, c’est Han d’Islande.
—Le colonel des brigands! s’écria le vieux officier.
—Eh bien, mon brave Lory, reprit le railleur Randmer, a-t-on besoin de savoir l’exercice à l’impériale, quand on fait si bien manœuvrer sa mâchoire?