—Baron Randmer, dit Bollar, vous avez le même caractère que d’Ahlefeld; prenez garde d’avoir le même sort.
—J’affirme, s’écria le jeune homme, que ce qui m’amuse le plus, c’est le sérieux imperturbable du capitaine Bollar.
—Et moi, répliqua Bollar, ce qui m’effraie le plus, c’est la gaieté intarissable du lieutenant Randmer.
En ce moment un groupe d’officiers, qui paraissaient s’entretenir vivement, se rapprocha de nos trois interlocuteurs.
—Ah! pardieu, s’écria Randmer, il faut que je les amuse de l’invention de Bollar.—Camarades, ajouta-t-il en s’avançant vers eux, vous ne savez pas? ce pauvre Frédéric d’Ahlefeld vient d'être croqué tout vivant par le barbare Han d’Islande.
En achevant ces paroles, il ne put réprimer un éclat de rire, qui, à sa grande surprise, fut accueilli des nouveaux-venus presque avec des cris d’indignation.
—Comment! vous riez!—Je ne croyais pas que Randmer dût répéter de cette manière une semblable nouvelle.—Rire d’un pareil malheur!
—Quoi! dit Randmer troublé, est-ce que cela serait vrai?
—Eh! c’est vous qui nous le répétez! lui cria-t-on de toutes parts. Est-ce que vous n’avez pas foi en vos paroles?
—Mais je croyais que c’était une plaisanterie de Bollar.