—Quel est ce papier? dit Hacket; Norbith, prenez ce papier.
Ce Norbith était un jeune homme dont les traits noirs et durs avaient une expression de noblesse. Il ramassa le papier et le déploya.
—Grand Dieu! s’écria-t-il, c’est la passe de mon pauvre ami Christophorus Nedlam, de ce malheureux camarade qu’ils ont exécuté, il n’y a pas huit jours, sur la place publique de Skongen, pour fausse monnaie.
—Eh bien! dit Hacket avec l’accent d’une attente trompée, gardez ce chiffon de papier. Je le croyais plus important. Vous, mon cher Han d’Islande, expédiez votre homme.
Le jeune Norbith se plaça devant Ordener, et s’écria:
—Cet homme est sous ma protection. Ma tête tombera avant qu’il tombe un cheveu de la sienne. Je ne souffrirai pas que le sauf-conduit de mon ami Christophorus Nedlam soit violé.
Ordener, si miraculeusement protégé, baissa la tête et s’humilia; car il se rappelait combien il avait dédaigneusement accueilli en lui-même le vœu touchant de l’aumônier Athanase Munder:—Puisse le don du mourant être un bienfait pour le voyageur!
—Bah! bah! dit Hacket, vous dites là des folies, mon brave Norbith. Cet homme est un espion; il faut qu’il meure.
—Donnez-moi ma hache, répéta le géant.
—Il ne mourra pas! cria Norbith. Que dirait l’esprit de mon pauvre Nedlam, qu’ils ont indignement pendu? Je vous assure qu’il ne mourra pas; car Nedlam ne veut pas qu’il meure.