Le ton du vieillard était presque impérieux; Éthel soupira.
—... Je vous le destine, dis-je; et que m’importe sa naissance? je n’ai pas besoin de connaître sa famille, puisque je connais sa personne. Songez-y; c’est la seule ancre de salut qui vous reste. Je crois qu’il n’a heureusement pas pour vous la même répugnance que vous montrez pour lui.
La pauvre jeune fille leva les yeux au ciel.
—Vous m’entendez, Éthel; je le répète, que me fait sa naissance? Il est sans doute d’un rang obscur, car on n’enseigne pas à ceux qui naissent dans les palais à fréquenter les prisons. Oui, et ne manifestez pas d’orgueilleux regrets, ma fille; n’oubliez pas qu’Éthel Schumacker n’est plus princesse de Wollin et comtesse de Tongsberg; vous êtes redescendue plus bas que le point d’où votre père s’est élevé. Soyez donc heureuse si cet homme accepte votre main, quelle que soit sa famille. S’il est d’une humble naissance, tant mieux, ma fille; vos jours du moins seront à l’abri des orages qui ont tourmenté les jours de votre père. Vous coulerez, loin de l’envie et de la haine des hommes, sous quelque nom inconnu, une existence ignorée, bien différente de la mienne, car elle s’achèvera mieux qu’elle n’aura commencé.
Éthel était tombée à genoux devant le prisonnier.
—O mon père! grâce!
Il ouvrit ses bras avec surprise.
—Que voulez-vous dire, ma fille?
—Au nom du ciel, ne me peignez pas ce bonheur, il n’est pas fait pour moi!
—Éthel, reprit sévèrement le vieillard, ne vous jouez pas de toute votre vie. J’ai refusé la main d’une princesse de sang royal, d’une princesse de Holstein-Augustenbourg, entendez-vous cela? Et mon orgueil a été cruellement puni. Vous dédaignez celle d’un homme obscur, mais loyal; tremblez que le vôtre ne soit aussi tristement châtié.