—En vérité? dit le monstre avec un malicieux regard.

—Je te répète, seigneur brigand, que je suis le bourreau de la province.

—Si je n’étais moi, je voudrais être toi, reprit le brigand.

—Je ne t’en dirai pas autant, reprit le bourreau; puis, se frottant les mains d’un air vain et flatté:—Mon ami, tu as raison, c’est un bel état que le nôtre. Ah! ma main sait ce que pèse la tête d’un homme.

—As-tu quelquefois bu du sang? demanda le brigand.

—Non; mais j’ai souvent donné la question.

—As-tu quelquefois dévoré les entrailles d’un petit enfant vivant encore?

—Non; mais j’ai fait crier des os entre les ais d’un chevalet de fer; j’ai tordu des membres dans les rayons d’une roue; j’ai ébréché des scies d’acier sur des crânes dont j’enlevais les chevelures; j’ai tenaillé des chairs palpitantes, avec des pinces rougies devant un feu ardent; j’ai brûlé le sang dans des veines entr’ouvertes, en y versant des ruisseaux de plomb fondu et d’huile bouillante.

—Oui, dit le brigand pensif, tu as bien aussi tes plaisirs.

—En somme, continua le bourreau, quoique tu sois Han d’Islande, je crois qu’il s’est encore envolé plus d'âmes de mes mains que des tiennes, sans compter celle que tu rendras demain.