—Deux ducats d’or, répondit-il.

—Eh bien, dit le brigand au bourreau, tu me donneras deux ducats d’or de mon cadavre.

—Deux ducats d’or! s’écria le bourreau. Cela est horriblement cher. Deux ducats d’or un méchant cadavre! Non, certes! je n’en donnerai pas ce prix.

—Alors, répondit tranquillement le monstre, tu ne l’auras pas!

—Tu seras jeté à la voirie, au lieu d’orner le musée royal de Copenhague ou le cabinet de curiosités de Berghen.

—Que m’importe?

—Longtemps après ta mort, on viendrait en foule examiner ton squelette, en disant: Ce sont les restes du fameux Han d’Islande! on polirait tes os avec soin, on les rattacherait avec des chevilles de cuivre; on te placerait sous une grande cage de verre, dont on aurait soin chaque jour d’enlever la poussière. Au lieu de ces honneurs, songe à ce qui t’attend, si tu ne veux pas me vendre ton cadavre; on t’abandonnera à la pourriture dans quelque charnier, où tu seras à la fois la pâture des vers et la proie des vautours.

—Eh bien! je ressemblerai aux vivants qui sont sans cesse rongés par les petits et dévorés par les grands.

—Deux ducats d’or! répétait le bourreau entre ses dents; quelle prétention exorbitante! Si tu ne modères ton prix, mon cher Han d’Islande, nous ne pourrons traiter ensemble.

—C’est la première et probablement la dernière vente que je ferai de ma vie; je tiens à faire un marché avantageux.