—«6° Les syndics de Noes, Loevig, Indal, Skongen, Stod, Sparbo et autres bourgs et villages du Drontheimhus septentrional, demandent que la tête du brigand, assassin et incendiaire Han, natif, dit-on, de Klipstadur en Islande, soit mise à prix.—S’oppose à la requête Nychol Orugix, bourreau du Drontheimhus, qui prétend que Han est sa propriété.—Appuie la requête Benignus Spiagudry, gardien du Spladgest, auquel doit revenir le cadavre.»
—Ce bandit est bien dangereux, dit le général, surtout lorsqu’on craint des troubles parmi les mineurs. Qu’on fasse proclamer sa tête au prix de mille écus royaux.
—«7° Benignus Spiagudry, médecin, antiquaire, sculpteur, minéralogiste, naturaliste, botaniste, légiste, chimiste, mécanicien, physicien, astronome, théologien, grammairien...»
—Eh mais, interrompit le général, est-ce que ce n’est pas le même Spiagudry que le gardien du Spladgest?
—Si vraiment, votre excellence, répondit le secrétaire—«... concierge, pour sa majesté, de l’établissement dit Spladgest, dans la royale ville de Drontheim, expose—que c’est lui, Benignus Spiagudry, qui a découvert que les étoiles appelées fixes n’étaient pas éclairées par l’astre appelé soleil; item, que le vrai nom d’Odin est Frigge, fils de Fridulph; item, que le lombric marin se nourrit de sable; item, que le bruit de la population éloigne les poissons des côtes de Norvège, en sorte que les moyens de subsistance diminuent en proportion de l’accroissement du peuple; item, que le golfe nommé Otte-Sund s’appelait autrefois Limfiord et n’a pris le nom d'Otte-Sund qu’après qu’Othon le Roux y eut jeté sa lance; item, expose que c’est par ses conseils et sous sa direction qu’on a fait d’une vieille statue de Freya la statue de la Justice qui orne la grande place de Drontheim; et qu’on a converti en diable, représentant le crime, le lion qui se trouvait sous les pieds de l’idole; item....
—Ah! faites-nous grâce de ses éminents services. Voyons, que demande-t-il?»
Le secrétaire tourna plusieurs feuillets, et poursuivit:
«.... Le très humble exposant croit pouvoir, en récompense de tant de travaux utiles aux sciences et aux belles-lettres, supplier son excellence d’augmenter la taxe de chaque cadavre mâle et femelle de dix ascalins, ce qui ne peut qu'être agréable aux morts en leur prouvant le cas qu’on fait de leurs personnes.»
Ici la porte du cabinet s’ouvrit, et l’huissier annonça à haute voix la noble dame comtesse d’Ahlefeld. En même temps, une grande dame, portant sur sa tête une petite couronne de comtesse, richement vêtue d’une robe de satin écarlate, bordée d’hermine et de franges d’or, entra, et, acceptant la main que le général lui offrait, vint s’asseoir près de son fauteuil.
La comtesse pouvait avoir cinquante ans. L'âge n’avait, en quelque sorte, rien eu à ajouter aux rides dont les soucis de l’orgueil et de l’ambition avaient depuis si longtemps creusé son visage. Elle attacha sur le vieux gouverneur son regard hautain et son sourire faux.