La comtesse se leva précipitamment, salua le gouverneur, et, tandis qu’il continuait l’examen des placets, se rendit en toute hâte à ses appartements, situés dans une aile du palais, en ordonnant qu’on y envoyât le messager.
Elle était depuis quelques moments assise sur un riche sopha, au milieu de ses femmes, quand le messager entra. La comtesse en l’apercevant fit un mouvement de répugnance qu’elle cacha soudain sous un sourire bienveillant. L’extérieur du messager ne semblait pourtant pas repoussant au premier abord; c’était un homme plutôt petit que grand, et dont l’embonpoint annonçait tout autre chose qu’un messager. Cependant, quand on l’examinait, son visage paraissait ouvert jusqu’à l’impudence, et la gaieté de son regard avait quelque chose de diabolique et de sinistre. Il s’inclina profondément devant la comtesse, et lui présenta un paquet, scellé avec des fils de soie.
—Noble dame, dit-il, daignez me permettre d’oser déposer à vos pieds un précieux message de sa grâce, votre illustre époux, mon vénéré maître.
—Est-ce qu’il ne vient pas lui-même? et comment vous prend-il pour messager? demanda la comtesse.
—Des soins importants diffèrent l’arrivée de sa grâce, cette lettre est pour vous en informer, madame la comtesse; pour moi, je dois, d’après l’ordre de mon noble maître, jouir de l’insigne honneur d’un entretien particulier avec vous.
La comtesse pâlit; elle s’écria d’une voix tremblante:
—Moi! un entretien avec vous, Musdœmon?
—Si cela affligeait en rien la noble dame, son indigne serviteur serait au désespoir.
—M’affliger! non sans doute, reprit la comtesse s’efforçant de sourire; mais cet entretien est-il si nécessaire?
Le messager s’inclina jusqu’à terre.