—Absolument nécessaire! la lettre que l’illustre comtesse a daigné recevoir de mes mains doit en contenir l’injonction formelle.

C’était une chose singulière que de voir la fière comtesse d’Ahlefeld trembler et pâlir devant un serviteur qui lui rendait de si profonds respects. Elle ouvrit lentement le paquet et en lut le contenu. Après l’avoir relu:

—Allons, dit-elle à ses femmes d’une voix faible, qu’on nous laisse seuls.

—Daigne la noble dame, dit le messager fléchissant le genou, me pardonner la liberté que j’ose prendre et la peine que je parais lui causer.

—Croyez au contraire, repartit la comtesse avec un sourire forcé, que j’ai beaucoup de plaisir à vous voir.

Les femmes se retirèrent.

—Elphège, tu as donc oublié qu’il fut un temps où nos tête-à-tête ne te répugnaient pas?

C’était le messager qui parlait à la noble comtesse, et ces paroles étaient accompagnées d’un rire pareil à celui du diable lorsqu’au moment où le pacte expire il saisit l'âme qui s’est donnée à lui.

La puissante dame baissa sa tête humiliée.

—Que ne l’ai-je en effet oublié! murmura-t-elle.