Ce que cette lumière était, rien ne saurait
Le dire, et, comme brille au fond d’une forêt
Un long rayon de lune en une route étroite,
Elle resplendissait, se tenant toute droite.
Ainsi se dresse un phare au sommet d’un récif.
C’était un flamboiement immobile, pensif,
Debout.
Et les trois dieux s’étonnèrent.
Ils dirent:
Qu’est ceci?
Tout se tut et les cieux attendirent.
—Dieu Vâyou, dit Agni, dieu Vâyou, dit Indra,
Parle à cette lumière. Elle te répondra.
Crois-tu que tu pourras savoir ce qu’elle est?
—Certes,
Dit Vâyou. Je le puis.
Les profondeurs désertes
Songeaient; tout fuyait, l’aigle ainsi que l’alcyon.
Alors Vâyou marcha droit à la vision.
—Qu’es-tu? cria Vâyou, le dieu fort et suprême.
Et l’apparition lui dit:—Qu’es-tu toi-même?
Et Vâyou dit:—Je suis Vâyou, le dieu du Vent.
—Et qu’est-ce que tu peux?—Je peux, en me levant,
Tout déplacer, chasser les flots, courber les chênes,
Arracher tous les gonds, rompre toutes les chaînes,
Et si je le voulais, d’un souffle, moi Vâyou,
Plus aisément qu’au fleuve on ne jette un caillou
Ou que d’une araignée on ne crève les toiles,
J’emporterais la terre à travers les étoiles.
L’apparition prit un brin de paille et dit:
—Emporte ceci.
Puis, avant qu’il répondît,
Elle posa devant le dieu le brin de paille.
Alors, avec des yeux d’orage et de bataille,
Le dieu Vâyou se mit à grandir jusqu’au ciel,
Il troua l’effrayant plafond torrentiel,
Il ne fut plus qu’un monstre ayant partout des bouches,
Pâle, il démusela les ouragans farouches
Et mit en liberté l’âpre meute des airs;
On entendit mugir le semoun des déserts
Et l’aquilon qui peut, par-dessus les épaules
Des montagnes, pousser l’océan jusqu’aux pôles;
Vâyou, géant des vents, immense, au-dessus d’eux
Plana, gronda, frémit et rugit, et, hideux,
Remua les profonds tonnerres de l’abîme;
Tout l’univers trembla de la base à la cime
Comme un toit où quelqu’un d’affreux marche à grands pas.