XII
LE ROI MÉCHANT
J’ai, dans Albe et dans Girone,
Vu l’honnête homme flétri,
Et des gens dignes d’un trône
Qu’on liait au pilori;
J’ai vu, c’est mon amertume,
Tes bourreaux abattre, ô roi,
Des fronts qu’on avait coutume
De saluer plus que toi.
Rois, Dieu fait croître où nous sommes,
Dans ce monde de péchés,
Une herbe de têtes d’hommes,
Et c’est vous qui la fauchez.
Ah! nos maîtres, quand vous n’êtes,
Avec vos vils compagnons,
Occupés que de sornettes,
Nous pleurons et nous saignons.
Roi, cela fendrait des pierres
Et toucherait des voleurs
Que de si fermes paupières
Versent de si sombres pleurs!
Sous toi l’Espagne est mal sûre
Et tremble, et finit par voir,
Roi, que ta main lui mesure
Trop d’aunes de crêpe noir.
J’ai reconnu, car vous êtes
Le sinistre et l’inhumain,
Des amis dans des squelettes
Qui pendaient sur le chemin.
J’ai, dans les forêts prochaines,
Vu le travail des bourreaux,
Et la tristesse des chênes
Pliant au poids des héros.
J’ai vu râler sous des porches
De vieux corps désespérés.
Roi, de lances et de torches
Ces pays sont effarés.