J’ai vu des ducs et des comtes
S’agenouiller au billot.
Tu ne nous dois pas de comptes,
Cœur trop bas et front trop haut!

Roi, le sang qu’un roi pygmée
Verse à flots par ses valets
Fait une sombre fumée
Sur les dalles des palais.

O roi des noires sentences,
Un vol de corbeaux te suit,
Tant les chaînes des potences
Dans ton règne font de bruit!

Vous avez fouetté des femmes
Dans Vich et dans Alcala,
Ce sont des choses infâmes
Que vous avez faites là!

Tu n’es qu’un méchant, en somme.
Mais je te sers, c’est la loi;
La difformité de l’homme
N’étant pas comptée au roi.

XIII
LE CID FIDÈLE

Princes, on voit souvent croître
Des gueux entre les pavés
Qui font de vous dans un cloître
Des moines aux yeux crevés.

Je ne suis pas de ces traîtres;
Je suis muré dans ma foi,
Les grands spectres des ancêtres
Sont toujours autour de moi,

Comme on a, dans les campagnes
Où rit la verte saison,
Une chaîne de montagnes
Qui ferme l’âpre horizon.

Il n’est pas de cœurs obliques
Voués aux vils intérêts
Dans nos vieilles républiques
De torrents et de forêts.