Le traître est pire qu’un more;
De son souffle il craint le bruit;
Il met un masque d’aurore
Sur un visage de nuit;
Rouge aujourd’hui comme braise,
Noir hier comme charbon.
Roi, moi je respire à l’aise;
Et quand je parle, c’est bon.
Roi, je suis un homme probe
De l’antique probité.
Chimène recoud ma robe,
Mais non pas ma loyauté.
Je sonne à l’ancienne mode
La cloche de mon beffroi.
Je trouve même incommode
D’avoir des fourbes chez moi.
Sous cette fange, avarice,
Vol, débauche, trahison,
Je ne veux pas qu’on pourrisse
Le plancher de ma maison.
Reconnais à mes paroles
Le Cid aimé des meilleurs,
A qui les pâtres d’Éroles
Donnent des chapeaux de fleurs.
XIV
LE CID HONNÊTE
Donc, sois tranquille, roi Sanche.
Tu n’as rien à craindre ici.
La vieille âme est toute blanche
Dans le vieux soldat noirci.
Grondant, je te sers encore.
Dieu, m’a donné pour emploi,
Sire, de courber le more
Et de redresser le roi.
Étant durs pour vous, nous sommes
Doux pour le peuple aux abois,
Nous autres les gentilshommes
Des bruyères et des bois.