Il n’est pas un d’entre eux qui ne soit prêt à suivre
Partout ce Ruy Diaz comme un céleste esprit,
En mer, sur terre, au bruit des trompettes de cuivre,
Malgré le groupe blond des enfants qui sourit.

Tels sont ces laboureurs. Pour défendre l’Espagne,
Ces rustres au besoin font plus que des infants;
Ils ont des chariots criant dans la campagne,
Et sont trop dédaigneux pour être triomphants.

Ils cultivent les blés où chantent les cigales;
Pélage à lui jadis les voyait accourir,
Et jamais ne trouva leurs âmes inégales
Au danger, quel qu’il fût, quand il fallait mourir.

V

Ruy Diaz de Bivar est leur plus belle gerbe.
Dans un beau train de guerre et de chevaux fougueux,
Don Santos traversa leurs villages, superbe,
Avec le bruit d’un roi qui passe chez des gueux.

On ne le suivit point comme on fait dans les villes;
Nul ne le harangua, ces hommes aux pieds nus
Ayant la nuque dure aux saluts inutiles
Et se dérangeant peu pour des rois inconnus.

—Je suis l’ami du roi, disait-il avec gloire;
Et nul ne s’inclinait que le corrégidor;
Le lendemain, ayant grand’soif et voulant boire,
Il dit:—Je suis l’ami du Cid Campéador.

Don Santos traversa la plaine vaste et rude,
Et l’on voyait au fond la tour du fier banni;
C’est là qu’était le Cid. Le ciel, la solitude,
Et l’ombre, environnaient sa grandeur d’infini.

Quand Santos arriva, Ruy, qui sortait de table,
Etait dans l’écurie avec Babieça;
Et Santos apparut sur le seuil de l’étable;
Ruy ne recula point, et le roi s’avança.

La jument, grasse alors comme un cheval de moine,
Regardait son seigneur d’un regard presque humain;
Et le bon Cid, prenant dans l’auge un peu d’avoine,
La lui faisait manger dans le creux de sa main.