Veut-on se figurer quelle serait cette chaîne?
La comète de 1680, une des préoccupations de Newton, ne revient qu'au bout de quatre-vingt-huit siècles ; elle plonge dans l'espace à trente-deux milliards de lieues.
Cette ellipse longue de trente-deux milliards de lieues ne serait qu'un chaînon de la chaîne cométaire.
Ces prodigieux fils relieraient dans l'espace incommensurable les créations.
La plupart des comètes semblent être, et sont probablement, des nuages ignés de matière cosmique. Quelques-unes pourtant ont évidemment des noyaux solides. Ainsi, entre autres, la comète à six chevelures de 1744, observée par Chezeau ; ainsi la comète de 1680. Newton calcula que le globe flamboyant, noyau de cette comète, mettrait cinq cents siècles à se refroidir.
Pas plus que la science d'hier, la science d'aujourd'hui n'a dit sur les comètes le dernier mot.
La science dit le premier mot sur tout, le dernier mot sur rien.
L'astronomie, cette micrographie d'en haut, est la plus magnifique des sciences parce qu'elle se complique d'une certaine quantité de divination. L'hypothèse est un de ses devoirs.
Dans toutes les sciences, auprès de la partie éclairée, il y a le coin ténébreux. L'astronomie seule n'a pas d'ombre, ou, pour mieux dire, l'ombre qu'elle a est éblouissante. Chez elle, le prouvé est évident, le conjectural est splendide. L'astronomie a son côté clair et son côté lumineux ; par le côté clair elle trempe dans l'algèbre, par le côté lumineux dans la poésie.