—Danton, prends garde. Vergniaud aussi a la bouche large et les lèvres épaisses et les sourcils en colère, Vergniaud aussi est grêlé comme Mirabeau et comme toi, cela n'a pas empêché le 31 mai. Ah! tu hausses les épaules. Quelquefois hausser les épaules fait tomber la tête. Danton, je te le dis, ta grosse voix, ta cravate lâche, tes bottes molles, tes petits soupers, tes grandes poches, cela regarde Louisette.

Louisette était le nom d'amitié que Marat donnait à guillotine.

Il poursuivit:

—Et quant à toi, Robespierre, tu es un modéré, mais cela ne te servira de rien. Va, poudre-toi, coiffe-toi, brosse-toi, fais le faraud, aie du linge, sois pincé, frisé, calamistré, tu n'en iras pas moins en place de Grève, lis la déclaration de Brunstwick, tu n'en sera pas moins traité comme le régicide Damiens, et tu es tiré à quatre épingles en attendant que tu sois tiré à quatre chevaux.

—Echo de Coblentz! dit Robespierre entre ses dents.

—Robespierre, je ne suis l'écho de rien, je suis le cri de tout. Ah! vous êtes jeunes, vous. Quel âge as-tu, Danton? trente-quatre ans. Quel âge as-tu, Robespierre? trente-trois ans. Eh bien, moi, j'ai toujours vécu, je suis la vieille souffrance humaine, j'ai six mille ans.

—C'est vrai, répliqua Danton, depuis six mille ans, Caïn s'est conservé dans la haine comme le crapaud dans la pierre, le bloc se casse, Caïn saute parmi les hommes, et c'est Marat.

—Danton! cria Marat. Et une lueur livide apparut dans ses yeux.

—Eh bien quoi? dit Danton.

Ainsi parlaient ces trois hommes formidables. Querelle de tonnerres.