—«Hiè! l'orgueil même!» affirma plaisamment le conteur, qui reprit l'éloge de Haamanihi. C'était un vieil homme, éraillé d'ulcères et desséché par le jus enivrant du áva. Ses jambes se boursouflaient; ses yeux blanchissaient; il se prétendait aveugle. Cependant, il demeurait violent, robuste en ses désirs et ses haines, ingénieux, lucide et beau parleur. Les yeux malades restaient pénétrants et les pieds gonflés n'altéraient point la démarche qui dénonçait un arii.—Car jadis il avait possédé la terre haute Raïatéa, d'où, chassé par les jaloux et les querelleurs, il s'était réfugié...

Le haérè-po sifflait avec mépris. Les jolis serviteurs que ces évadés de tous les récifs! Le maraè Atahuru les accueillait sans dignité, et n'avait point d'autres desservants... La honte même!

—«Donc» poursuivait l'hôte, «Haamanihi songeait sans cesse—ayant épuisé la série des offrandes—aux moyens seulement humains de recouvrer son île. Les étrangers,—qui parlent des langages aussi divers que les couleurs des étoffes peintes pendues à leurs mâts,—les étrangers lui semblaient tous également favorables. Même les derniers venus, les hommes au nouveau-parler, qui, cependant...—Enfin il se hâta de monter sur leur pirogue, et il réclama le chef-du-pahi. Il ne lui flaira point le visage, en signe de bienvenue: mais, sachant le mode de salut habituel à ces hommes, il tendit la main droite, ouverte, en attestant sa grande affection: «Tu es mon parent, mon frère, mon fétii! Tous les grands chefs venus ici ont été mes fétii! Voici les marques de leurs promesses...» Il montrait une lame de fer, incrustée de signes comme une peau de prêtre. Il assurait que Tuti lui-même la lui avait confiée...

—Hiè!» fit Térii, «petite fierté!» Dans la terre Papara, chacun possédait quelque dépouille étrangère, acquise sans peine. «Et le vieux en voulut d'autres, aussitôt?

—Non! il présenta quatre cochons forts.

—La ruse même! Qu'est-ce qu'il reçut en retour?

—Eha! pas un clou. Le chef des étrangers repoussa les offrandes, en disant: «Ce jour est le jour du «seigneur». On ne doit pas le profaner par l'échange de présents.»

—Quel est celui-là, le «seigneur»?

—Un atua nouveau. Un atua de plus! Haamanihi, non déconcerté, demanda «s'ils honoraient de la même sorte leurs autres esprits, durant les autres jours de la lune»? L'étranger ne répondit pas quelque chose de croyable;—ou peut-être, il ne pouvait pas répondre: ce langage piritané est misérable: il ne parle jamais que d'un seul dieu. On comprit cependant que ce jour consacré au «seigneur» se nommait «sabbat». Haamanihi approuva avec adresse. «Bien! bien! le sabbat est tapu. Il est bon aux prêtres de lancer des tapu nombreux. Il est bon d'en surveiller la tenue. Tu es donc prêtre, toi?» Non. Le chef étranger n'était pas un prêtre, ni aucun de ses compagnons; seulement un envoyé du seigneur, lequel, affirma-t-il, ne réclamait point de prêtres.

Térii n'eût rien imaginé de pareil.