—«Ensuite, Haamanihi s'efforça d'obtenir un mousquet. Le chef blême refusa, bien que l'autre promît: «Je te protégerai contre tes ennemis sur le rivage. Je tuerai tous ceux qui ne serviront pas les dieux que tu as apportés.» Puis: «As-tu des femmes?» Il savait que plusieurs des étrangers possédaient une épouse; mais une seule. Il cria sur ses pirogues. Six filles, toutes rieuses et nues, l'entourèrent. «Choisis!» Le chef hésitait. «Prends-les toutes. Il est juste qu'un chef possède au moins six épouses.»
»L'étranger ne s'empressait point d'accepter. On le voyait interdit comme ces mâles auxquels un vénéfice a rendu l'enlacement inutile. Les femmes présentées s'enfuirent, devant l'insulte, avec beaucoup de rancœur. Elles entourèrent des gens de moindre importance qui les négligeaient aussi. L'une, enfin, s'irrita contre ces hommes indifférents aux belles coutumes. Elle se dépouilla et dansa le ori moqueur: Aué! le tané est sourd...
»Un petit homme roux qui semblait inspiré par quelque mauvais esprit inférieur, proféra vers la femme des menaces—que nul ne put comprendre—et la déconcerta. Elle disparut derrière ses compagnes. L'autre ne se montra point satisfait; et il pourchassa les épouses d'offrandes. Puis il revint tout tremblant et tout bégayant.
»—Celui-là est véritablement un prêtre», s'affirmait Haamanihi, malgré que le chef blême eût déclaré non. On sait que la garde des tapu rend nécessaires, parfois, un vif courroux sacré, et des gestes qui seraient gestes d'enfant s'ils n'étaient point rituels, et par là, majestueux. «Sans nul doute, le corps des étrangers—ou certaine partie du corps—est interdit pour les femmes?» Eh bien, l'on accueillerait cette autre coutume,—surprenante un peu—et l'on ne forcerait point à l'amour ces tané récalcitrants. D'ailleurs, Haamanihi ne restait pas à court dans sa générosité:
»—Si les filles te déplaisent, je t'abandonnerai quelques mauvais hommes que nous mettrons à mort, et que nous porterons au maraè. Car je bâtirai un autel de bienvenue à tes dieux. Nous ferons la cérémonie de l'Œil-offert..... Donne-moi un mousquet?»
»L'étranger ne parut pas entendre. Haamanihi se servait avec maladresse, du langage piritané. Il répéta sa demande, la portant de l'un à l'autre. On n'y prit garde; car tous les habitants du navire, même les femmes étrangères, sortant de ses profondeurs, venaient se ranger sur le pont, en cercle...
—Pour danser, peut-être?» interrompit Térii, qui jugeait bien morfondus ces hommes au nouveau-parler.
—«Eha! pour danser?» L'hôte se moqua:
—«Elles avaient des pieds de chèvres enveloppés de peaux d'animaux; et le corps sans grâce et sans ampleur, serré dans des étoffes dures. Non! pas une ne dansa. Les étrangers entonnèrent un péhé déplaisant, le chant monotone entendu déjà du rivage. Et comme nul ne répondait aux avances du grand-prêtre, Haamanihi regagna sa pirogue; fort dépité de s'en aller avec des mains vides, après avoir tout offert.»
Le conteur s'arrêta. Ses yeux se fermaient. Avant de se laisser appesantir par le sommeil des heures chaudes, il demanda au voyageur: