[14] Egypte.
L'épouse empressée Rébéka avait déjà creusé le four, chauffé les pierres, et dépouillé les fruits de uru pour la faim d'arrivée, puis disposé, faute de nattes, de grandes feuilles sèches dans un faré-pour-dormir trouvé sans habitants. Iakoba entra. Dans un recoin tout plein d'obscurité,—car l'ombre venait, avec une douceur—Aüté caressait sa jolie vahiné chérie.
Les deux amants ne se disputaient point. Aüté, voyant vide la baie Atahuru, ne redoutait plus les promenades équivoques. Et puis, la petite fille le rassurait elle-même en ouvrant un regard sérieux et lent: un regard qu'il avait, selon son habitude, recueilli bien vite avec ses lèvres, au sortir des cils. Maintenant, il disait d'inutiles petites histoires, avec une voix bien changée, une haleine preste. Sa main, qui sillait, sous la tapa, la peau des seins frémissants, tremblait comme une palme...
Iakoba les interrompit d'un regard sévère et d'une voix rude: ils n'étaient pas mariés encore, et ne devaient point l'oublier. Puis, fixant Eréna, il l'avertit que des gens venus de la terre Papara, des fétii, la réclamaient pour cette nuit même, et peut-être aussi pour le lendemain. Aüté sursauta. Mais le diacre gardait un maintien grave: le père-nourricier de la petite fille venait de mourir. Il fallait veiller le corps. Qu'elle parte donc, et aussitôt, pour la rive Papara. Le jeune homme se dressait, tout prêt à l'accompagner. Iakoba le retint avec des mots habiles:
—«Si tu le veux, jeune homme, nous passerons cette nuit-ci où tu vas être seul, à raconter les vieilles histoires qui t'amusent, et que tu m'as souvent demandées. Ainsi tu n'auras pas à te lamenter, sans elle.»
Et il sortit avec la fille.
—Passer la nuit au navire Farani où l'on danse, où l'on boit, où l'on s'amuse tant? Quel plaisir inespéré! Elle promit tout ce que son père recommandait. Au matin elle serait là.—Après un détour, Eréna se mit en route vers la baie Tapuna. Le diacre lui soufflait:—«N'oublie pas les haches, si tu le peux, aussi?» Elle disparut.
La nuit tombée, Rébéka fit flamber les graines de nono. Mais Iakoba, avant de parler au jeune homme, depuis longtemps attentif, voulut parler au Seigneur: