—«Je te remercie, Kérito, d'avoir, en cette journée, répandu ta bienveillance sur ton serviteur, en l'inspirant par le moyen du Livre. Qu'il me soit donné de t'honorer longuement encore, afin que, travaillant à l'achèvement de ta maison, je grandisse, dans la vallée, le respect qui est dû à ta personne. Améné.» Déjà il n'usait plus de prières toutes faites, épuisées par les autres hommes et bonnes à tout obtenir! Mais suivant le conseil des Missionnaires, il apprêtait chacune de ses paroles à Iésu, selon ses différents besoins.

—«Alors, jeune homme, tu attends les vieilles histoires. Quel plaisir peux-tu donc y prendre?

—Je voudrais les écrire,» dit Aüté, «avant qu'elles ne se perdent tout à fait: Elles sont belles.

—Je vais t'en dire quelques-unes. Bien qu'il soit ridicule de s'occuper encore des temps ignorants!» Il commença au hasard:

«Dormait Té Tumu avec une femme inconnue.

De ceux-là naquit Tahito-Fénua...

—Qu'est-ce que «Té Tumu»? hasarda le jeune homme.

—«Té Tumu, mais, c'est un nom. Et puis, ne m'interromps pas.

—N'est-ce point quelque chose comme «La Base... Le Tronc?

—Cela peut être. Mais cela n'a pas d'importance.» Iakoba reprit sa récitation mesurée. Pour mieux saisir l'attention de l'écouteur, il entremêlait tous ces parlers, au hasard des lèvres. Il riait en lui-même à voir l'étranger recueillir ces racontars païens, de confiance,—les yeux brillants, les doigts agiles,—sans même flairer la tromperie ou le désordre du récit. Il répandait hors de sa bouche des centaines de noms, interminables et profus; il mélangea les attributs des atua-supérieurs, troubla les quantités jadis éternelles de leurs ruts les plus fameux. Il confondit leurs changements de formes, leurs autels, leurs simulacres. Et il inventa de nouveaux petits dieux.—Aüté implorait encore: