Aüté secoua la tête:
—«Tu as vraiment oublié, Iakoba tané; j'avais pensé que ta mémoire était certaine.»
Le diacre sourit: «Oui, mais je ne veux plus disperser les paroles conservées, afin de les employer toutes à garder les dires du vrai dieu. Je récite déjà la moitié du livre selon Ioané.—Et puis, quand l'homme malade, à Opoa, me racontait ces histoires,—je sais bien, maintenant, pourquoi je ne peux plus me souvenir,—quand il me racontait tout çà: je dormais.
—A ton réveil, tu ne lui as pas demandé de répéter?
—Quand je me suis éveillé, il était mort, ou presque mort.
—Les Paroles sont donc mortes avec lui», prononça, comme un Maître, le jeune étranger aux yeux clairs. Iakoba tressaillit.
Ainsi, la nuit coulait avec les dires de leurs lèvres. Rébéka, fatiguée de la route, s'était depuis longtemps endormie. Et mieux valait que ses oreilles n'entendissent point ces histoires païennes. Les noix de nono épuisaient leurs dernières gouttes d'huile. La brise affraîchissante affroidissait, vers l'aube pressentie, la caresse de son haleine. Aüté ne put se contenir:—«Je vais à sa rencontre, sur la route Papara...»
Iakoba sourit, qui savait combien Eréna était loin de ce chemin: tout à l'opposé! Il dit seulement avec politesse:—«Tu t'en vas, toi?» ainsi qu'il est d'usage. Et il s'étendit, sans oublier une seconde parole louangeuse sur le nom de Kérito.
Le jour levé, le diacre vint guetter la route: la fille ne se ferait pas attendre. Le chemin blanchissait dans la lumière vive, très long et très droit. Iakoba le parcourut d'un grand regard bienveillant—ne menait-il pas vers le Temple promis?—Il approuva les ingénieux châtiments nouveaux qui rendaient profitables à tous, les fautes de quelques-uns. Il désira voir ces fautes nombreuses: sa route s'en élargirait encore.