Dormait Téritahia i Marama avec la femme Tétuaü Méritini, du maraè Vaïrao...»
Il disait tout d'une haleine les beaux noms ancestraux, marquant d'un geste mesuré du bras chacun des accouplements éternels. Un bruissement montait de la foule emmenée par le rythme, par le balancement des mots, et qui récitait, elle aussi, les séries originelles interminablement redoublées.
«... De ceux-là naquirent Aromaïtéraï, du maraè Papara; et Tuitéraï, qui dormait avec Téroro.
Dormait Aromaïtéraï, avec Téraha-Tétua:
De ceux-là naquit Tévahitua, dit Amo, dit...»
Un silence énorme écrasa brusquement le murmure des écouteurs surpris: le récitant avait changé les noms! Térii sursauta, et sa voix un instant chancela, qui semblait s'étayer sur les rumeurs environnantes. Il reprit:
«... De ceux-là naquit Aromaïtéraï...
Dormait Aromaïtéraï avec...»
Le vide muet persistait à l'entour. On ne suivait plus, des lèvres, le parleur égaré. On le dévisageait. On attendait. Les Arioï, interdits, cessèrent d'avaler les mets présentés. Les desservants se tinrent immobiles. De proche en proche le silence gagnait, étouffant les innombrables bruissements dont pétillait l'enceinte. Il semblait qu'un grand filet de palmes se fût abattu sur les clameurs des hommes; et dans l'air immobile et tendu monta, de nouveau, la triple sonorité sainte: voix du vent dans les arbres-aïto, voix du récif hurlant au large, voix du haèré-po, mais grêle et hoquetante.—Cette voix, la sienne, familière quand il l'épandait dans la sérénité de ses prières d'études, Térii la crut venir d'une autre bouche, lointaine et maléficieuse. Il se raidit, crispa la main pour chercher, du geste accoutumé, les nœuds secourables de la tresse-origine, et hasarda:
«... dormait Aromaïteraï avec la femme...»