Térii aperçut parmi des rocs dont les contours figuraient un homme, un homme qui s'efforçait à imiter ces rocs, par son immobilité. On eût dit l'image droite et dure d'un tii taillé dans la montagne. Et il se souvint: la grotte Mara faisait la demeure de Tino l'inspiré; et celui-ci, pour la rendre inaccessible, répandait de terrifiants discours. Tino avait sans doute abandonné la fête avant que survint la nuit de l'aube, et, sitôt passé le souffle du dieu, ressaisi l'asile terrestre.
—«Que fais-tu, toi?» hasarda le voyageur.
L'autre ne parut point entendre, ni bouger, ni parler même. Cependant, on répondit:
—«J'obéis à Oro-atua. Je me change en pierre.» La voix roulait, grondait, rebondissait plusieurs fois avant de s'éteindre.
Térii voulut toucher et flairer le faiseur-de-prodiges. Il entra dans l'eau gluante et se mit à nager. L'ombre s'approfondit autour de lui. Le fond de la caverne reculait à chaque brasse. L'homme au rocher restait très proche, à la fois, et très lointain. Un coup d'œil en arrière, et Térii mesura la clarté du jour qui s'éloignait: la voûte tout entière parut peser sur ses épaules, et clore, ainsi qu'une paupière insupportable, le regard du ciel. Angoissé, le nageur se retourna, hâtivement, vers le bord. La voix ricanait:
—«Eha! l'homme qui pagaie avec ses mains, sous la grotte Mara! l'homme qui veut serrer l'eau dans ses bras et compter les poissons sur ses doigts! La fierté même! Prends une pirogue!»
Térii oublia tous les tapu, et qu'un dieu, peut-être, habitait là. Il saisit une pierre. Elle vola, parut effleurer la voûte, et puis creva l'eau tout près de la rive: elle n'avait pas couru la moitié d'un jet de flèche.
—«Hiè!» se moquait encore la voix. «Les souffles dans la grotte sont plus forts que tes cailloux... Voici ma parole: la grotte Mara est tapu: les souffles sont lourds et mauvais: les souffles sont lourds...» Et après un silence: «Va-t'en, toi! Va-t'en, toi! je me change en pierre...»
Térii regagna le sentier. Rêveur, il essuyait dans l'herbe ses pieds chargés de fange. Puis il reprit sa route dans la grande lumière. Tétua cheminait toujours à son côté; et le récif, l'éternel compagnon des marches sacrées, le châtiment des prêtres oublieux, grondait avec une longue menace. Le soir venait. Les crabes de terre, effrayés par les pas, fonçaient dans leurs trous en y traînant des palmes sèches qui craquaient.—Les errants allaient encore: à la nuit tombée ils s'arrêtèrent: la vallée Papara ouvrait son refuge devant eux. Mais le haèré-po n'en venait point à s'apaiser: la voix entendue sonnait encore à ses oreilles.