Le chrétien daigna répondre: «Les signes, veux-tu que je te les enseigne?» Fier de son nouveau savoir il montrait le Livre. Paofaï avec un grand mépris refusa:
—«Non! les signes Piritané ou n'importe quels autres ne sont pas bons pour nous! Ni aucun de tous vos nouveaux parlers! Prends garde, Térii. La chèvre ne renifle pas comme le cochon, et le bouc n'aboie pas comme le chien. Quand les bêtes à quatre pieds échangent leurs voix, prends garde, c'est qu'elles vont mourir.» Il poursuivit avec tristesse:—«Les hommes maori, voici maintenant qu'ils essaient de siffler, de bêler, de piailler comme les étrangers. En même temps que leurs propres langages voici qu'ils changent leurs coutumes. Ils changent aussi leurs vêtures. Ha! tu n'as pas vu des oiseaux habillés d'écailles? Tu n'as pas pêché des poissons couverts de plumes? J'en ai vu! J'en ai pêché! Ce sont les hommes parmi vous qui s'appellent «convertis», ou bien «disciples de Iésu». Ils n'ont pas gardé leurs peaux: ils ne sont plus bêtes d'aucune sorte: ni hommes, ni poules, ni poissons. Reprends ta peau, Térii que je déclare plus stupide qu'un bouc! Reprends ta peau!»
Le chrétien marqua, en haussant les épaules ainsi qu'il avait vu faire les Missionnaires, que ces dires ignorants restaient pour lui sans importance. Néanmoins, il montrait une inquiétude: car le prêtre Noté ne tarderait point à paraître, marchant, selon qu'il avait coutume tous les jours, vers le faré-de-prières. Il surprendrait Paofaï et s'indignerait. Celui-ci ne semblait pas songer à s'en aller vite, car il reprit:
—«Oui! Partout ils font ainsi, maintenant, les hommes maori! Ils honorent les étrangers; les étrangers acceptent les hommages, et leur haleine empoisonne tout.
—Les étrangers sont parfois des envoyés du Seigneur», répliqua le chrétien. «D'ailleurs, on ne peut les mépriser sans risquer bien des ennuis.»
Paofaï murmura par dedans ses lèvres avec cette voix assourdie des Maîtres qui, sous le couvert de paroles plaisantes, répandent de justes avis:
—«Qu'ont-ils fait les hommes de Moüna-Roa? Ils n'ont pas méprisé le chef blanc Tuti.
»Qu'ont-ils fait, les hommes de Moüna-Roa? Ils ont honoré leur grand ami Tuti durant deux lunaisons.
»Qu'ont ils fait, les hommes de Moüna-Roa? Au commencement de la troisième, ils l'ont dépecé avec respect, afin de vénérer ses os.»
Il plissa le cercle de ses paupières: