Noté reconnaissait depuis longtemps Samuéla pour l'un des premiers et des plus certains disciples de Iésu; et il lui serra la main avec une grande bonté. Cependant, le visage de Rébéka semblait inquiet, et plein de cette confusion nouvelle que les gens nommaient «haáma», d'un mot Piritané, faute de pouvoir la désigner en leur langage. Cela prenait soudain les filles en présence des étrangers.—«Quelle est cette femme?» demanda le Missionnaire.
—«C'est la femme de Iakoba», répondit vivement Samuéla. «Il est son tané depuis longtemps.
—Le dire est vrai,» consentit Iakoba, «mais je pense qu'elle dort aussi bien auprès de Samuéla qu'avec moi-même». Ils continuèrent tous deux à parler ensemble sans pouvoir se mettre d'accord. Rébéka restait indifférente au partage de ses nuits. Le Missionnaire insistait pour être renseigné là-dessus.
Iakoba ne s'expliquait point cette curiosité, ni que l'on disputât sur ses enlacements. Il entendait bien en disposer lui-même. Mais le Professeur de Christianité, empris d'un grand zèle, s'efforça de le détromper: ces actions-là ne sont permises que précédées d'un nouveau rite,—il disait «mariage»—qui, d'abominables et impies, les rend tout aussitôt excellentes aux yeux du Seigneur. Voici quelle était la célébration: d'abord, le Missionnaire déclarait, devant l'assemblée chrétienne: «celui-ci, et celle-là, désirent être unis en mariage.» Alors la foule décidait s'il était bon de les unir, ou mauvais.—Puis, quelques jours après, on se rendait au faré du Missionnaire, ou bien d'un homme appelé magistrat. Le magistrat disait au tané de prendre, dans sa main droite la main droite de la femme, et demandait encore...
—«Bien! bien» interrompit Noté. Il conclut: «Iakoba, tu dois épouser cette femme.»
En vérité Iakoba n'eût pas imaginé de telles mœurs. De tous les imprévus surgis depuis son retour, ce rite lui semblait le plus stupéfiant. Quoi donc! les Missionnaires avaient, avec un juste mépris, aboli de grandes coutumes: la part-aux-atua pendant le festin, les victimes avant la guerre, le rite de l'Œil, et tant d'autres, et voici qu'ils entouraient de réticences et de cérémonies ce passe-temps: dormir avec une femme, le plus banal de tous! bien qu'assez plaisant. Mais cela, Iakoba devinait bon de ne pas l'exprimer. Il consentit:
—«J'épouserai donc la femme Rébéka.» Puis il ajouta: «Alors, elle ne pourra plus s'en aller du faré, maintenant?
—Jamais. Vous serez joints devant le Seigneur, jusqu'à votre mort.»
Iakoba se réjouit. Car Rébéka se montrait toujours ingénieuse en habiletés de toutes sortes. Il aurait désiré accomplir aussitôt le rite profitable. Mais Noté s'éloigna, non sans avoir, avec des mots obscurs, rappelé au chrétien le service attendu pour cette nuit même, et la dignité promise en retour.